Enfants Disparus Ne fermez pas les yeux, réagissez

Le Procès Ait-Oud

 

Procès Ait-Oud
 
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18h: “C’est un tissu de mensonges” dit Didier Mahy
 
Abdallah Ait Oud  a une voix douce quand il répond aux questions du président, mais un regard dur quand il regarde la juge d’instruction. Peu avant 17h, Pascale Goossens (49 ans), juge d’instruction responsable de l’instruction de ce dossier, a entamé son rapport devant la cour d’assises de Liège.
 
Pour résumer le travail d’enquête effectué, Mme Goossens explique : « Dans ce dossier, on a effectué 52 perquisitions, toutes les pistes ont été exploitées jusqu’au bout. 42 personnes suspectes ont été entendues. On a effectué toutes les vérifications nécessaires au niveau des familles, afin de fermer les pistes. Et on a même mis en place des méthodes particulières de recherche, avec l’autorisation de la Chambre des mises en accusation ».
 
Mais la juge d’instruction s’est posée les même questions que monsieur tout le monde. A-t-il agi seul ?  « Rien n’a permis de démontrer l’existence d’un complice. Il n’y a aucune autre trace d’ADN. Aucun élément » a-t-elle conclu à l’intention des jurés.
 
 
 
A part quand il se baisse pour faire un commentaire à son avocat, l’accusé ne quitte pas la juge des yeux pendant tout le rapport. Dans la salle, Thierry Lemmens, le papa de Stacy, garde le plus souvent les yeux baissés. Et quand il lève la tête, lui, c’est pour jeter un regard noir à l’accusé.
 
A ce stade du procès, les parties civiles manifestent peu d’émotion. Parfois un hochement de tête par rapport à l’un ou l’autre élément. Ou bien, comme quand l’avocate générale a résumé le rapport du légiste et que la maman de Stacy a dû quitter la salle.
 
« Que pensez-vous de la personne qui a commis ces faits ? » demande Me Moureau (partie civile) à l’accusé. « C’est un vrai monstre » répond Abdallah Ait Oud. A ces mots, Christiane Granziero, la maman de Stacy, éclate en sanglots.
 
A 18h, le président suspend la séance jusqu’à demain mardi, 9h. A la sortie, c’est la bousculade pour tenter d’obtenir quelques mots de l’un ou l’autre des parents. Tous sont fort sollicités  et entourés de micros et caméras.
 

« Je sors conforté dans ce que je pensais » déclare Thierry Lemmens.

 
Interrogé sur la présence de l’accusé près de lui, Didier Mahy répond : « Il est là. Il est présent. Et voilà ». Le papa de Nathalie a qualifié les déclarations de l’accusé de « tissu de mensonge ».
 
17h04: Ait Oud évoque les viols du passé
 
 
Après avoir évoqué son enfance, difficile au niveau financier avec ses nombreux frères et soeurs, mais avec des parents peu sévères qui lui laissaient toute sa liberté, Abdallah Ait Oud, a reconnu avoir commis des vols, notamment pour se nourrir.
    Avec un débit lent et de manière calme, mais avec moults gestes, il a parlé de sa famille et de sa jeunesse. Mais c’est de manière plus
nerveuse, plus tendue, moins limpide, en begayant pour trouver ses mots, qu’il a évoqué les faits de moeurs pour lesquels il a été condamné.
    Concernant les viols sur sa nièce, pour lesquels il a écopé d’une
peine de 5 ans de prison avec sursis d’un an, il a fait état d’une
panique. « J ‘ai tremblé », a-t-il expliqué. Quant au viol avec violences d’une jeune fille de 14 ans, qui lui a valu un internement, il l’a justifié par une consommation excessive de cocaïne, de whisky et d’ectasy.
    Anticipant les questions concernant son emploi du temps du 9 au 13 juin, entre la disparition des fillettes et son arrivée à la police,
Abdallah Ait Oud s’est longuement expliqué, avec détails. Il a répété qu’il se trouvait effectivement à la braderie mais a nié avoir rencontré Nathalie et Stacy. Des fibres des vêtements des fillettes ont cependant été retrouvées sur les siens. « J’ai effectivement aidé des enfants à monter et à descendre du podium. Je n’ai pas regardé les visages des enfants », a-t-il expliqué, laissant sous-entendre que les fillettes se trouvaient peut-être parmi eux.
    Pour justifier les traces de griffes sur son corps, il a répété qu’il
avait voulu se rendre, par l’arrière du bâtiment, chez sa compagne et avait dû pour cela escalader des murs et des arbres.
    Il nie farouchement avoir rencontré plusieurs adolescents le soir des faits et leur avoir parlé de « tortues ». «C’est faux», a-t-il simplement expliqué. Il n’a pas répondu à la police qui le cherchait parce qu’il était « bourré» et qu’il dormait. «J’ai de vagues souvenirs…  Et puis j’ai paniqué », a-t-il souligné. Il s’est rasé le crâne «comme il le faisait tous les deux, trois jours».
    Il s’est rendu à la police le 13 juin, après avoir vu son portrait-robot diffusé à la télévision. « Je pensais qu’on me recherchait pour un vol de voiture et une grivèlerie », a-t-il remarqué.
    Après son interrogatoire, Abdallah Ait Oud a balayé la salle d’audience du regard, très à l’aise, la cour a poursuivi l’audience avec les auditions des enquêteurs et du juge d’instruction. Elle a notamment entendu le policier qui a recueilli l’appel au secours de la maman de Nathalie. Il a expliqué que l’appel était confus, la maman évoquant la disparition de 3 enfants et ne pouvant pas donner de détails sur les fillettes. « Nous avions peu d’éléments pour débuter les recherches. La maman ne pouvait pas nous donner beaucoup de renseignements et le papa était très agressif », a-t-il souligné.
 
16h: L’accusé a évoqué les 9 et 10 juin 2006
 
Pour l’ouverture du procès d’Abdallah Ait Oud, lundi matin, peu de public avait fait le déplacement. Cet après-midi, dès avant l’ouverture des portes, on faisait déjà la file devant la porte fermée de la cour d’assises. Les quelques places assises ont vite été remplies et de nombreux spectateurs se sont retrouvés debout, à l’arrière de la salle d’audience.
 
Il s’agissait, pour la plupart, de « curieux » qui souhaitaient voir comment se déroule un procès d’assises. Et plus particulièrement celui-ci dont la presse a fait écho à de nombreuses reprises.
 
 L’interrogatoire d’Abdallah Ait Oud commence dès l’ouverture de l’audience.  D’une voix douce mais avec un accent liégeois prononcé, il s’explique posément. Les phrases sont courtes. L’accusé commet des fautes de français. Il met la main sur le cœur et s’exprime comme quelqu’un qui est plein de bonne volonté.
 
“Le 9 juin ? On s’est levés vers les 11h – midi. On a eu des relations sexuelles. Puis on est partis. A 19h30, 20h, j’ai rencontré Bob, c’est un dealer. Il m’a proposé d’aller chez lui. Il m’a fait une ligne de coke. Il devait être passé les 20h. Après, j’étais devant le café. Je me promenais dans la braderie“
 
Et les tortues? Impossible
 
Le président :  Vous n’êtes pas allés au parc du Potay ?
 
« Non, on me l’a dit mais je ne savais pas qu’il y avait des jeunes qui faisaient un barbecue là-bas ».
 
Le président : Leur avez pas parlé de tortues ?
 
« Non. C’est faux, je n’ai jamais parlé de tortues à qui que ce soit ! »
 
Le président : Vers 23h, vous avez rencontré deux jeunes. Vous leur avez parlé de tortues ?
 
« Non, c’est impossible ».
 
Le président : Vous avez fait un tour dans une Chrysler, vers 23h, pour frimer ?
 
« Non, on est allés jusqu’aux Armuriers pour prendre un verre. Là, on arrive à minuit”. 
 
Le président : A une heure, Christelle vous aurait vu commander des boissons ?
 
“Non, j’ai quitté le café vers minuit, minuit et demi. J’ai été malade, tout près du podium.  J’ai vomi. Avant de rentrer chez moi (il habite à 250 mètres), J’ai encore vomi dans la rue. Puis chez moi, dans la toilette. Après, j’avais des taches sur moi. J’ai voulu frotter. J’ai enlevé mon pantalon et je l’ai mis tremper parce que ça ne partait pas ».
 
«Je me suis endormi. Jusque vers une heure de l’après-midi. J’ai trouvé bizarre que Christelle n’était pas venue. Je suis descendu dans la rue. J’ai cru qu’elle était fâchée et qu’elle était rentrée chez elle. J’ai pris le bus. Chez elle, j’ai sonné. Je me suis dit que j’allais aller par derrière. J’ai fait le tour. J’ai passé deux murs. Derrière chez elle, j’ai vu qu’il n’y avait personne. Je pense que je suis ressorti par devant. Je me suis demandé quoi. Je suis reparti. J’ai pris un verre à une terrasse. J’ai mangé une pita. J’ai fait la fête dans le Carré. J’ai rencontré une connaissance, Adil.
 
Le témoin se trompe
 
Le président : Un témoin vous a vu vers 5heures du matin ?
 
« Je me rappelle l’avoir vu mais il faisait encore sombre. Il était vers les 3 ou 4 heures du matin »
 
Le président : Il dit que vous n’étiez pas bien habillé ?
 
Pour la première fois, l’accusé s’énerve un peu. « Je ne sais pas comment il peut dire ça. Je n’ai jamais parlé avec lui.  Je ne le connais pas. Quand je l’ai vu, il dormait sur les escaliers. Je n’ai pas croisé son regard. Quand je me suis retourné, cent mètres plus loin, il me regardait. Je suis rentré vers les 4 heures du matin”.
 
Le président : Christelle est venue rechercher des vêtements ?
 
« J’ai insisté pour qu’elle monte. Elle était énervée. Elle voulait son sac. Elle ne voulait pas me répondre. Elle m’a juste dit : « Il y a la police qui cherche après toi ». Je lui ai demandé où et quoi. Elle n’a pas voulu monter. J’ai dit : « Qu’est-ce qui se passe ? ». J’avais la gueule de bois et la tête qui tourne. Je me suis un peu recouché. J’ai entendu la sonnette. Il me semble que j’ai vu une voiture de police. C’est là que j’ai paniqué. J’ai pris vite un sac. J’ai mis mes chaussures dedans, un pantalon, un tee-shirt. J’ai voulu monter à l’appartement au-dessus. J’étais paniqué. Je suis allé où il y a les wc et la douche commune. C’est là que j’ai laissé le sac avec mes chaussures. Je suis parti ».
 
« Je suis sorti. J’ai été vers Herstal. J’ai marché sur la route. J’ai voulu aller dans une asbl mais elle était fermée. Je suis allé dans un café où il y avait une télévision. Ils regardaient un match de foot. J’ai passé la nuit avec des jeunes qui jouent du Djembé. Ils ont joué toute la nuit. Comme je joue aussi, je suis resté avec eux. Ils ont fait un feu. Ils ont fait des saucisses… »
 
« Le lundi, suis allé à Liège. J’ai vu Adil et un copain à lui. On est allés au jardin Botanique. On a pris des bouteilles de vin et on les a bues. Le soir, j’ai essayé de retourner chez Christelle. Je suis entré par l’arrière. La nuit suivante, j’ai dormi au Parc de la Boverie.  Il y avait beaucoup de monde. Je me suis réveillé, il faisait froid. »
 
« Le mardi : je me suis réveillé au lever du soleil. J’ai encore essayé d’aller chez Christelle. J’ai essayé de forcer la serrure mais cela faisait trop de bruit. Je suis allé à  l’asbl « La Fontaine ». Adil m’avait dit qu’on pouvait aller là. Que c’était pour les sans-papiers. Comme je ne voulais pas rentrer chez moi, je voulais prendre une douche. Je me suis rasé le crâne là. (Je le rase tous les deux ou trois jours). J’ai dit que j’avais été mis à la porte de chez moi parce que payais pas le loyer. J’ai dit que police me cherchait pour un vol de voiture et d’essence ».
 
                      
 
Le président : C’est en soirée que vous avez vu votre photo à la télévision ?
 
« On parlait des deux petites filles. Puis j’ai vu ma photo à moi. Je ne savais plus quoi faire. Je suis allé me rendre directement à la police. J’ai expliqué ça aux policiers. Ils n’étaient pas au courant ».
 
L’interrogatoire a duré plus d’une heure. Une heure pendant laquelle Abdallah Ait Oud a répondu aux questions sans manifester aucune émotion.
 
Au terme de son interrogatoire, le président demande à l’accusé s’il souhaite ajouter quelque chose. « Pour l’instant, non ! » répond-il.
 
Marianne Lejeune, l’avocat général, prend alors la parole et précise aux jurés : « Des témoins viendront pendant dans les jours qui viennent et des contradictions apparaîtront ».
 
Après une pause, les jurés ont pu entendre la juge d’instruction.
 
15h13: Ait Oud va-t-il enfin parler?
 
Depuis ce matin, Abdallah Ait Oud (41 ans) est assis dans le box des accusés. Il est désormais face à ses juges après deux années de détention. Depuis le début de la journée, l’homme est impassible. Ce matin, pendant la composition du jury, il avait le visage couvert de sueur mais paraissait calme. Attentif au déroulement de son procès, l’accusé a détaillé chacun des jurés retenus.
 
Parfois, il regarde en direction de la salle de la cour d’assises où se trouvent les parties civiles, les journalistes et le public. Son regard survole alors toute l’assemblée. Si certains accusés gardent obstinément les yeux baissés, ce n’est pas son cas.
 
Dans la salle d’audience, deux bancs sont réservés aux avocats des parties civiles. Les parties civiles proprement dites, elles, sont regroupées sur trois bancs, devant ou derrière leurs avocats. Catherine Dizier est à l’avant, juste devant son avocate. La famille Mahy, le père et ses enfants, occupent le banc derrière les avocats. Quant au clan Granziero et à Thierry Lemmens, ils sont de l’autre côté, à droite de la salle, également derrière leurs avocats respectifs. Tous paraissent tendus. Il semblent y avoir peu de contacts entre eux.
 
Depuis deux ans, Abdallah Ait Oud nie les faits mis à sa charge. « Cherchez les vrais coupables » a-t-il déjà clamé au cours de l’instruction. D’autres fois, il a promis de parler lors de son procès.
 
Ce lundi après-midi, ce moment est enfin venu. La parole va être donné à l’accusé. A 14h15, à la reprise du procès, le président Goux va procéder à l’interrogatoire de l’accusé.
 
D’abord sur sa vie, son enfance… Puis sur les faits proprement dits. Ou, du moins, sur l’emploi du temps d’Abdallah Ait Oud pendant la nuit du 9 au 10 juin 2006 et les jours qui ont suivi. Où était-il au moment où Nathalie Mahy et Stacy Lemmens ont disparu ? Pourquoi  s’être caché lors du début des recherches quand il a appris qu’il était recherché… comme témoin ? Les réponses seront peut-être apportées cet après-midi.
 
Vous retrouverez cet interrogatoire  sur notre site dès qu’il aura pris fin.
 
Ensuite, en fin d’après-midi, c’est la juge d’instruction, Pascale Goossens, qui viendra expliquer son travail à la cour et aux jurés.
 
13h42: Abdallah Ait Oud reste impassible
 
Ce lundi matin, Abdallah Ait Oud, simplement vêtu d’une chemise
blanche à manches courtes et d’un jeans, le crâne rasé de près, est apparu totalement impassible. Les mains posées sur ses genoux, il a écouté la longue lecture de l’acte d’accusation, pendant 1H30, regardant l’avocat général, Marianne Lejeune, sans broncher.
 
 
    Les familles sont tendues. Le papa de Stacy, Thierry Lemmens, est resté immobile sur son banc, le regard dur. Entouré par sa famille, le papa de Nathalie, Didier Mahy, est pour sa part abattu. Il a les épaules voutées et garde la tête baissée, regardant sans cesse  une photo de sa petite fille.
    Pour les mamans, la lecture de l’acte d’accusation s’est révélée
insupportable. Entourée par des assistants de justice, Catherine Dizier, la maman de Nathalie, a dû quitter la salle d’audience pendant l’énumération des éléments issus des rapports des médecins légistes. Elle a été suivie un peu plus tard par Christiane Granziero, la maman de Stacy, en larmes.
    Les conseils de l’accusé ont pour leur part, dans leur acte de
défense, dénoncé la “surmédiatisation” de l’affaire. Ils ont demandé aux jurés de faire abstraction de toute charge émotionnelle et de ne juger leur client que sur des preuves. Ils ont rappelé le principe de la présomption d’innocence et ont souligné que le doute devait profiter à l’accusé.
    Abdallah Ait Oud n’a pas pris la parole ce lundi matin, sinon pour
décliner son identité : « Adballah Ait Oud, 40 ans, soudeur, né à la
Hestre et domicilié rue Saint-Léonard ». Son interrogatoire est attendu à 14H15, avant l’audition des enquêteurs et de la juge d’instruction, Pascale Goossens.
    Une centaine de témoins seront entendus lors de cette session
d’assises, qui  devrait durer deux semaines et demi, a annoncé le
président, Stéphane Goux. L’accusé sera jugé par 7 femmes et 5 hommes. Six jurés suppléants ont également été désignés.
 
13h01: “Respectez la présomption d’innocence!”, a dit son avocat aux jurés
 
A 11h, ce lundi matin, l’avocate générale, Marianne Lejeune s’est levée pour entamer la lecture de son acte d’accusation.
Il s’agit d’un document de 46 pages qui résume le dossier.
 
 
 L’acte d’accusation rappelle la soirée des faits, depuis le vendredi 9 juin 2006. Le parquet y évoque l’emploi du temps des deux fillettes, Nathalie et Stacy, mais aussi celui de l’accusé. Mais ce document reprend aussi : les différents témoignages, le travail des experts (légistes, spécialistes en fibres…), la position de l’accusé au cours de ses différents interrogatoires.
Dans l’acte d’accusation, on évoque encore le passé de l’accusé, ses antécédents judiciaires et l’avis du collège d’experts qui a réalisé l’expertise médico-psychologique de l’accusé.
Enfin, l’avocat général y mentionne les chefs d’accusation à l’encontre d’Abdallah Ait Oud : assassinat de Nathalie et Stacy, enlèvement, viol, attentat à la pudeur.
Après une heure trente de lecture ininterrompue, Marianne Lejeune s’est rassise.
 
C’est alors la défense qui a pris la parole pour présenter son « acte de défense ».
D’emblée, la défense a regretté la « surmédiatisation » du dossier  Elle a demandé aux jurés de se départir de la charge émotionnelle  et des préjugés qui pourraient être les leurs.  « Vous avez la fonction de juger un homme qui a bénéficié de la présomption d’innocence.
 Il a été présenté  plus que souvent comme coupable des faits. Respectez ce principe de présomption d’innocence. Il a droit à un procès équitable. Nous attendons beaucoup de ces débats pour connaître la vérité » a conclu Me Martins.
 
A 12h35, le président a levé l’audience. Celle-ci reprendra à 14h15.
 
Un jury composé de 7 femmes et 5 hommes
 
A 10h30, le jury du procès d’Abdallah Ait Oud est constitué. Il sera composé de cinq hommes et de sept femmes. L’avocate générale, Marianne Lejeune a demandé six jurés suppléants. Le sort a désigné cinq femmes et un homme pour les suppléants.
Ce matin, avant neuf heures, les portes de la salle d’audience étaient fermées. Candidats jurés et journalistes se pressaient devant la porte. Une entrée spéciale est réservée aux avocats et aux parties civiles.
 
 
Les policiers ont laissé entrer d’abord les candidats jurés puis les journalistes. A l’appel de leur nom, les cent jurés convoqués doivent s’avancer sur l’estrade. Abdallah Ait Oud est déjà là, dans son box, derrière son avocat. Physiquement, il n’a pas changé par rapport  aux photos que l’on a vues de lui.
Les jurés sont alors invités par le président, Stéphane Goux, à présenter les causes d’impossibilité de siéger  ou les demandes de dispenses.
L’une a travaillé à Paifve. Une autre est institutrice et ne serait pas remplacée pendant les trois semaines du procès. Un autre, encore, explique qu’il est trop stressé. « Ouf », fait-il en descendant de l’estrade après avoir été libéré par le président.
Me Martins et Marianne Lejeune ont chacun neuf possibilités de récusation. Ils ont à leur disposition quelques renseignements (âge, profession) sur les candidats jurés. Ils se font leur idée sur cela et sur l’allure des personnes.
Finalement, sept femmes et cinq hommes ont été retenus. La présidente du jury est une femme.
 
A la sortie, parmi les candidats jurés non-retenus, c’est plutôt la déception.
 
Claudine, (56 ans, de Seraing), explique : « C’est surprenant quand on reçoit la convocation. C’est une expérience à vivre. J’aurais voulu être reprise. Surtout dans celle-ci. C’est une affaire grave et on ne connaît pas tous les éléments du dossier. J’aurais voulu voir comment se déroule le procès ».
 
André, 57 ans, de Sclessin : « C’était  dur quand j’ai reçu la convocation pour un pareil procès. Parce que l’accusé n’a jamais voulu dire quoi que ce soit. Je suis déçu de ne pas avoir été repris. Ça m’aurait plu de faire partie du jury ».
 
Marianne, 56 ans de Liège : « J’étais vraiment très contente quand j’ai reçu la convocation. J’ai même retardé mes congés pour pouvoir venir.  C’est mon second procès. J’ai déjà été juré il y a quelques mois, c’était très intéressant. Ça m’aurait plu d’être reprise ici. Je suis mère et grand-mère, je peux comprendre ces gens. Lui, Abdallah Ait Oud, il n’a pas changé. Et il regarde les gens en face ».
 
 
C’est l’effervescence, au palais de Justice de Liège, ce lundi matin, pour l’ouverture du procès. Beaucoup de monde dans le couloir: normal, le dossier Nathalie et Stacy attire les médias en masse, ce matin, en Cité ardente. Et puis, de nombreux jurés ont été convoqués pour assurer leur nombre en suffisance jusqu’au terme du procès, prévu dans trois semaines.
 
L’arrivée de l’accusé s’est faite discrètement: le combi qui l’amenait a tout fait pour éviter que l’on ne fasse trop de photos de lui. On a juste aperçu furtivement son crâne dans le véhicule.
 
Les médias étaient à l’affût pour l’arrivée des parents, aussi, dans la cour du palais des Princes-Evêques. Didier Mahy, le papa de Nathalie, s’est prêté de bonne grâce aux questions des journalistes.
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A 9h, les jurés ont été appelés. Le public, lui, n’était pas encore dans la salle et il était difficile de déterminer si un nombreux public était mêlé à la foule de jurés tenant leurs convocations.
 
 Abdallah Ait Oud, lui,  est dans le box. L’homme n’a pas changé: il a toujours le crâne rasé, il est vêtu d’une chemise blanche. A l’ouverture des portes, c’était la cohue pour entrer dans la salle.
 
Une libération définitive exceptionnelle
 
Ait Oud avait fait l'objet d'une mesure d'internement. Avant qu'un psychiatre estime qu'il n'était pas fou et qu'il quitte donc Paifve, libre comme l'air.
 
Ait Oud a connu ses premiers déboires avec la Justice dès 1986 mais sa première condamnation importante date de 1994, après qu'il eut violé sa nièce, alors âgée de 14 ans. Il sera condamné à 5 ans de prison avec sursis probatoire partiel par le tribunal correctionnel de Liège.
 
En 2001, alors qu'il profite d'une mesure de libération conditionnelle, il est une fois de plus appréhendé pour viol sur mineure.
 
Mais ce n'est plus la prison qui l'attend. Il fait cette fois-ci l'objet d'une mesure d'internement à l'Institut de défense sociale de Paivfe, d'où il sortira le 14 décembre 2005 à la faveur d'une libération... définitive.
 
L'expert psychiatre en charge de son cas a, en effet, établi que la mesure d'internement prise à son encontre en 2001 résultait d'une erreur de diagnostic. Dès lors, la Commission de défense sociale de Liège décida de libérer Ait Oud.
 
On le sait, la loi de défense sociale permet à un juge de décider d'une mesure d'internement à l'égard d'un inculpé, d'un prévenu ou d'un accusé qui, au moment des faits qui lui sont reprochés ou par la suite, a été considéré en état de démence, de débilité mentale ou de déséquilibre mental le rendant incapable du contrôle de ses actes.
 
Exceptionnel
 
L'interné fait l'objet d'un traitement spécifique, psychiatrique le plus souvent, dont les modalités sont définies par les Commissions de défense sociale.
 
Tous les six mois, il peut introduire une demande de libération que la Commission lui accorde ou non. Cette libération n'est prononcée que si l'interné répond à une série de conditions, sur le plan comportemental, médical et social.
 
En vérité, ce qui est arrivé avec Ait Oud est exceptionnel. Il est rare, en effet, comme nous l'a confirmé Me Pierre Chomé, qu'une Commission de défense sociale décide d'une libération définitive. La plupart du temps, quand libération il y a, elle est décidée à l'essai, sous la surveillance de la police et d'un assistant de justice et moyennant le suivi d'un service spécialisé.
 
Aurait-il fallu, une fois la décision prise, envoyer Ait Oud en prison ? Tous les juristes s'accordent à dire qu'il se serait agi d'une hérésie, dès lors que l'on ne juge pas deux fois quelqu'un pour les mêmes faits.
 
Manque de structures
 
Pour les criminologues, le débat tourne en tout état de cause autour de l'efficacité de la loi de défense sociale mais aussi du diagnostic des experts, singulièrement quand il s'agit de cas de psychopathie.
 
Et encore autour du manque criant de structures permettant de prendre les internés en charge. A la question : Que faut-il faire d'hommes et de femmes qui échappent à la normalité jusqu'à se montrer dangereux pour leurs semblables ?, il est difficile de livrer réponse. Le choix humaniste est-il voué à l'échec ?
 
Oui, si la mesure d'internement ne s'accompagne pas de traitements adéquats, ce qui est hélas souvent le cas, de nombreux internés végétant dans les annexes psychiatriques des prisons, sans soins particuliers. Non, si les moyens existaient d'un suivi thérapeutique adapté et si les commissions de défense sociale, appelées à céder le relais au tribunal de l'application des peines, travaillaient dans de bonnes conditions.
 
Le gouvernement Leterme a annoncé récemment la création de 390 places dans deux nouveaux centres pour internés à Gand et à Anvers.
 
On y annonce des conditions d'accueil modernes et efficaces. A voir.
 
 
 La personne qui a fait ça à ma fille...
 
 
Le père de Nathalie reste un homme sage et mesuré. Témoignage.
 
Didier Mahy, père de Nathalie, qu'attendez-vous du procès ? Je n'en attends pas grand-chose, dans le sens où je souhaite seulement tourner la page judiciaire de cette affaire. Et que la personne qui a fait ça à ma fille, qui que ce soit, soit condamnée à la peine la plus lourde, point. C'est ça et c'est tout.
 
C'est un moment très particulier à vivre, devine-t-on... Bien sûr. Cela me ramène deux ans en arrière. C'est clair que, pour le moment, je ne vis plus en 2008, je vis en 2006.
 
Allez-vous suivre le procès tout le temps ? Si ma santé me le permet, oui. Mais si j'ai un coup de fatigue ou un coup de blues... Il faut pouvoir assumer et ce n'est pas si facile. D'autant que j'ai d'autres enfants et qu'il faut assurer leur vie pendant cette période. Et d'autant encore, ajoute cet homme tout entier voué aux siens, qu'il y a les examens scolaires qui approchent et que tout arrive en une seule fois. La vie ne s'arrête pas pendant le procès !
 
Pour protéger les siens
 
Que dites-vous aux frères et aux soeurs de Nathalie à la veille des audiences ? Dans la famille, nous pratiquons le libre arbitre. C'est pourquoi les aînés feront ce qui leur semble bon, aucun problème de ce côté et je pense qu'il y aura des jours où ils seront présents et d'autres, non. Pour les plus petits, il est absolument indispensable qu'ils restent en dehors de ça et je souhaite qu'ils conservent beaucoup de recul par rapport à ces événements. Ils ne seront donc jamais au palais de justice. D'ailleurs, il est par exemple hors de question qu'ils soient photographiés, précise le prudent père. Comme une mise en garde...
 
Le décès de Nathalie laisse en effet quatre enfants à M. Mahy : un jeune homme de 24 ans, une jeune fille de 18 ans, une fillette de 10 ans et un garçon de 8 ans.
 
Malgré tout, une fois la page judiciaire tournée, tout cela n'enlèvera ni la douleur, ni le reproche que je me fais, comme chacun se le ferait dans de semblables circonstances : je n'étais pas présent, lors des faits, je n'ai pas pu les empêcher. Sachez d'ailleurs que, comme je l'ai vu dans le dossier, beaucoup de personnes partagent ce sentiment, l'idée qu'il leur aurait suffi d'être là, sans y avoir été, pour que l'horreur n'arrive pas. Et je salue d'ailleurs ces personnes. Mais voilà, termine le sage par la force des choses : La vie est ainsi et c'est arrivé...
 
On en reparlera sûrement : M. Mahy annonce qu'il tiendra l'un ou l'autre point de presse, en marge du procès.
 
 
Le temps des experts
 
 
La science toujours plus précieuse pour les enquêtes. Mais trouver les indices n'est pas toujours aisé. Ici, pas d'ADN utile, pas d'insectes nécrophages. Ouf ! Textiles et végétaux ont servi la justice ! Voici comment cela s'est déroulé.
 
La télévision et le cinéma ont popularisé une image singulière des experts qui, dans des enquêtes policières sur mesure, détectent la vérité à grand renfort de haute technologie... Entre ce rêve et la réalité, il y a de la marge. Voici, en tout cas, ce qui a vraiment été fait dans le dossier Stacy et Nathalie... où les circonstances étaient défavorables. Les corps des victimes avaient en effet subi trois semaines de chaleur quasi caniculaire et un nettoyage intense, par l'eau du chenal où ils étaient.
 
Ainsi, pas de signature définitive du crime, pas de trace de sperme. Et pas non plus d'insectes nécrophages, pourtant réguliers servants de la médecine légale. Leur développement est connu avec grande précision et permet d'ordinaire une bonne datation du moment de la mort. Or, cette fois, hormis d'inutiles mouches, pas d'insectes ! Le courant d'eau, toujours... Bref, on retient une fourchette, entre le 9 et le 13 juin, sans pouvoir faire mieux.
 
En revanche, on s'était bel et bien rapproché des séries TV à l'enlèvement des corps. Ceux qui l'ont réalisé étaient en effet vêtus de combinaisons spéciales empêchant la contamination des microtraces. De même, les cadavres des fillettes avaient été déposés dans des gaines spéciales, et les traces prélevées dès l'arrivée à la morgue par la police scientifique. Avant bien sûr les prélèvements ou examens toxicologiques, gynécologiques et odontologiques (la reconnaissance par les dents) ainsi que les autopsies.
 
Celles-ci terminées, le médecin légiste Philippe Boxho sait comment les filles sont mortes et sait que Nathalie au moins a été violée. Les victimes présentent des infiltrations hémorragiques en regard de l'os hyoïde et du larynx, sans trace de lien, observe-t-on. Strangulation manuelle.
 
Mais qui a tué ? C'est là que les microtraces entrent en scène. Ainsi que les analyses ADN. Las, de ce côté, si le Dr Angelo Abati a reçu 92 pièces saisies par les enquêteurs, matière biologique, objets et vêtements du suspect et des enfants, voire eau d'un lavabo, et si 165 analyses génétiques ont été réalisées, la comparaison des profils n'amène rien de déterminant.
 
Et enfin des indices...
 
Les traces végétales trouvées sur les vêtements d'Ait Oud et dans son lavabo vont par contre être intéressantes. L'Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC) examine plusieurs sites évoqués dans l'enquête. Or les déchets végétaux correspondent à l'un d'eux, en particulier : là où les corps ont été trouvés. Fragments de robinier faux-acacia et de poaceae, fruits séchés de buddléa, urticants d'ortie, épines de ronce rubus...
 
Plus déterminantes encore semblent être les fibres textiles. L'INCC en a relevé 3 712 grâce à l'utilisation de 359 bandes collantes, toutes triées, analysées, identifiées. On sait ainsi que 16 fibres de polyamide/viscose trouvées sur les vêtements de Stacy correspondent à celles du tee-shirt d'Ait Oud que 1 611 fibres de coton bleu et 32 fibres de polyester incolore trouvées sur les vêtements de Stacy et Nathalie correspondent à celles de son pantalon inversement, que 35 fibres de coton gris trouvées sur les vêtements du suspect sont identiques à celles du pantalon de Nathalie, etc.
 
Ce n'est pas les Experts Miami ? Certes. Mais ici, rien n'est inventé.
 
 
Ait Oud : dangereux, pas fou
 
 
A peine majeur, Abdallah Ait Oud connaissait la prison. Drogue, coups, vols, vandalisme et viols au menu. L'homme, pourtant, n'a rien d'un anormal. Et si la médecine l'a dit dément, un temps, elle a certifié le contraire, plus tard.
 
    * Un quartier en deuil
    * Notre dossier spécial
 
 
 
Il est présumé innocent, mais il est également le seul suspect pour l'assassinat de Stacy (7 ans) et Nathalie (10 ans), les deux fillettes liégeoises enlevées et violées, au moins pour la seconde, au mois de juin 2006 en Cité ardente.
 
Dès lundi, il répondra de cela aux assises de Liège. Mais qui est donc Abdallah Ait Oud ?
 
1L'enfance. Sa famille, marocaine, s'établit en Belgique en 1964. Son père Omar est mineur au Roton, en Hainaut. Avec Yasmina, il a déjà quatre enfants mais le couple va encore en avoir cinq. Dont Abdallah, qui voit le jour le 23 juillet 1967.
 
La famille émigre vers Grâce-Hollogne deux ans après cette naissance, Omar travaillant alors au charbonnage de Montegnée. C'est là qu'Abdallah Ait Oud débute sa scolarité qui, assez vite, va se tourner vers l'enseignement secondaire spécial, dans un établissement de Flémalle.
 
Il rejoint un niveau réservé aux handicapés légers - alors qu'on verra bien plus tard qu'il est loin d'en être un. Toujours est-il qu'il réussit trois années en mécano-soudure... avant de rater deux fois la 4e.
 
Est-ce à cause de la mésentente familiale ? L'ambiance s'est en tout cas dégradée, à la maison : Omar rentre souvent du travail un peu ivre, à la maison. Et, sans qu'on en sache bien tout, il aurait pu être question de faits de moeurs, ailleurs dans la famille.
 
On sait d'ailleurs qu'Ait Oud s'en est plaint, en cours d'enquête.
 
Les choses se dégradent encore en 1984. A ce moment, le père travaille à Charleroi, ne rentre pas tous les jours. Et Abdallah, qui n'est pas le seul dans la fratrie, accumule les absences scolaires non justifiées, pendant que son comportement se détériore. Contactés par l'école, ses parents affichent leur impuissance. Leur fils finit par ne plus y aller du tout.
 
2 Le mauvais garçon. En 1985, les parents décident le retour au Maroc, espérant une amélioration de la situation de famille. Mais Abdallah et son aîné fuguent pour éviter le départ. Le premier est alors confié à la garde du second. Enfin, garde est un bien grand mot : Abdallah vit le plus souvent chez des copains, au jour le jour...
 
Dès sa majorité, il se fait connaître de la justice pour consommation et trafic de drogue. Il connaît ensuite sa première cellule de prison en fréquentant Lantin pendant deux semaines, dès février 1986.
 
Cela n'a rien à voir avec le fait qu'il n'est pas appelé au service militaire : de nationalité marocaine, il n'y est pas tenu en Belgique.
 
Bref, il fait un saut au royaume chérifien, près de sa famille, en quittant la prison. Cela ne change rien à la donne : il revient en Belgique et vit, sans travailler, tantôt chez une soeur, tantôt chez un frère.
 
Il accumule alors les infractions et les délits. En 1987, nouveau bref séjour à Lantin. Pis : c'est cette année-là qu'il commence à contraindre, au besoin par la violence, sa nièce de 7 ans à des attouchements, puis à des viols. A ce moment, la petite tait son malheur.
 
3 Le violeur. En 1988, accident de voiture : Ait Out est blessé et l'un de ses frères y laisse la vie. Les deux années suivantes, c'est pour du vandalisme et des dégradations qu'il attire l'attention de la police. On ne sait pas trop comment il vit, à ce moment.
 
Mais un autre choc l'attend : sa mère meurt au Maroc en 1993, sans qu'il l'ait revue. Ce qui ne l'empêche pas d'injurier et de blesser un policier à Liège, quelque temps plus tard.
 
Le 1er avril 1994 est un jour noir pour Ait Oud : les parents de sa nièce, qu'il a continué de violer pendant 6 ans, ont découvert la chose en lisant son journal intime. Il est arrêté le lendemain, puis jugé et condamné.
 
Il purge sa peine jusqu'au début février 1996 à l'établissement pénitentiaire de Saint-Hubert. Dès lors, c'est quasi sans interruption qu'il amasse mauvais coups et méfaits.
 
Deux jours après sa libération, pourtant sous conditions, il est blessé de trois balles dans les jambes, au cours d'une bagarre de café, au Carré, dans la nuit liégeoise.
 
Suivent grivèleries, vols de voitures, et on en passe. Logique : il est à nouveau rattrapé par la justice et, en septembre 1997, retourne à Lantin. Jusqu'en juin 2000.
 
Le retour en Belgique de son père - remarié à une dame plus jeune que lui de trente ans -, ne change pas non plus les choses.
 
Le 10 mars 2001, sous l'effet de la cocaïne et alors qu'il vient de se faire traiter de pédophile dans un café, il vole une voiture avec laquelle il enlève une fillette de 14 ans, à Grâce-Hollogne. Et la viole sauvagement, la frappant même à l'aide d'une pierre.
 
Identifié, il retourne en prison le 24 avril 2001. Séjour bref : le neuropsychiatre de service affirme qu'Ait Oud doit être interné. Il l'est, à Pfaive. Mais, le 14 décembre 2005, une nouvelle expertise mentale le conduit vers la sortie...
 
4 Pas psychopathe, mais... Voilà donc Ait Oud libre comme l'air. Pourtant, indique le médecin, il reste potentiellement dangereux. Pas fou, dangereux. Ce qui ne relève pas de l'internement... (nous y reviendrons).
 
Bref, la médecine évoque alors un individu au contact plutôt aisé, s'exprimant de manière naturelle, quoique basique, un peu manipulateur et aux capacités intellectuelles moyennes mais pas anormales.
 
Discours logique, absence de troubles affectifs, humeur constante : rien d'anormal, décidément, si ce n'est que sa jeunesse (mais pas sa famille, puisque frères et soeurs ont atteint de bons niveaux) a fait d'Ait Oud un anti-social narcissique. Pas un psychopathe.
 
Même si, plus tard faut-il admettre, d'autres experts admettront que, décidément sans être fou, sa personnalité présente une personnalité organisée sur un mode psychopathique. Jargon spécialisé, nuances subliminales...
 
5 Adulte prédateur. C'est à sa sortie de Pfaive qu'Ait Oud s'installe à St-Léonard. Où il découvre le café Les Armuriers,  cette Casa Tito où il commettra un an et demi plus tard l'horreur que l'on sait.
 
En tout cas, il y rencontre Sylvie, avec qui il noue une liaison. Brève : elle le largue après 3 semaines... Trop autoritaire, trop possessif, semble-t-il. Et puis, la drogue, elle n'aime pas...
 
En janvier 2006, Ait Oud tombe amoureux d'une autre serveuse de l'établissement : Christelle, qui le lui rend bien même si sa jalousie l'énerve et conduit parfois à la dispute.
 
Il lui reproche son travail, le soir, la nuit. Même si lui ne travaille pas : sans aucun droit au chômage, il ne vit que de l'argent du CPAS.
 
Nouvelle dispute, le 9 juin 2006. C'était quelques heures avant que Stacy et Nathalie disparaissent dans le noir d'une nuit infinie...
 
 
Un quartier en deuil
 
Le quartier Saint-Léonard, qui fut à la fois le lieu de l'enlèvement et celui où l'on retrouva le corps des petites Stacy et Nathalie, porte encore les stigmates de ce tragique évènement. A quelques jours du procès, certains s'interrogent encore.
 
Reportage
 
Populaire, multiculturel, parfois même mal famé... La presse belge et internationale a peu varié les qualificatifs pour désigner Saint-Léonard quand éclata l'affaire Stacy et Nathalie et qu'arriva la tornade médiatique qui braqua les yeux de tout le pays sur ce quartier de la cité ardente. Une renommée soudaine dont ses habitants se seraient bien passés et qui, deux ans plus tard, continue encore de hanter ses rues.
 
Au café des Armuriers, la vie a repris son cours normal. Journalistes et enquêteurs qui avaient défilé continuellement durant des semaines ont fini par rendre leur place aux habitués autour du bar, du flipper et de Tito, le patron des lieux.
 
Des pénibles semaines de l'été 2006 ne subsiste aujourd'hui qu'une grande photo de Stacy et Nathalie, affichée derrière le bar. Dernier souvenir des deux fillettes sur le dernier lieu où elles furent aperçues vivantes.
 
Ni Tito, ni ses clients n'aiment toutefois que les journalistes viennent le leur rappeler. Et même si le procès du principal suspect s'ouvre dans quelques jours aux assises de Liège, il ne fait pas bon ici remuer les mauvais souvenirs. Toute cette histoire a fait une mauvaise publicité au quartier, explique Arthur Corvers , organisateur de la fameuse braderie qui se tenait ce jour-là. Les journalistes ont vraiment harcelé les gens, et le chiffre d'affaires du café a fait une chute spectaculaire.
 
Mais au-delà des considérations matérielles, c'est évidemment l'émotion qui subsiste chez tous les habitants du quartier. Ça a été un choc pour tout le monde, se souvient le curé de Sainte-Foy où fut célébrée la messe d'enterrement de la petite Stacy. Surtout pour nous à la paroisse, qui connaissions la maman de Nathalie depuis longtemps.
 
Deux ans après le drame, la fameuse nuit du 9 juin 2006 est d'ailleurs encore fraîche dans toutes les mémoires. Le souvenir de cette nuit caniculaire où les rues de Saint-Léonard étaient en fête. Je revois encore les deux gamines jouer sur le podium en face du café, raconte Arthur Corvers. On venait de replier le château gonflable et tout le monde était allé boire un verre pour se désaltérer.
 
Il est deux heures du matin quand monsieur Corvers se décide à regagner son domicile, situé juste en face des Armuriers. Thierry Lemmens et Catherine Dizier prendront la même décision quelques minutes plus tard, et remarqueront alors que les deux petites ont disparu. J'ai entendu crier dans la rue, nous raconte cet habitant du quartier, réveillé en pleine nuit par les cris du père de Stacy, parti chercher sa fille dans la nuit avec ses amis motards. Arthur Corvers, lui, n'apprendra la nouvelle qu'à huit heures le lendemain matin. Je suis sorti de chez moi, et j'ai vu Catherine tenir les affiches dans sa main. Ça m'a paru tellement surréaliste. J'avais encore vu les filles jouer quand j'étais parti.
 
Le pont des Bayards
 
Les filles et aussi Abdallah Ait Oud qui avait traîné dans le coin durant toute la soirée. Le même qui selon le rapport d'instruction aurait entraîné les fillettes dans les ruelles désertes du quartier vers leur funeste destin. A moins de cent mètres de l'église, et à peine plus du café des Armuriers, se trouve la rue des Bayards, et le pont du même nom qui enjambe la voie de chemin de fer et ouvre la route qui monte vers le Thier-à-Liège. Un pont d'où on observe aussi désormais le point de vue qui s'est soudainement affiché sur tous les écrans de télévisions.
 
Un virage dans la voie de chemin de fer, un panneau de signalisation, et une épaisse végétation le long d'un mur. C'est là que près de trois semaines plus tard, le mystère qui régnait autour de la disparition de Stacy et Nathalie fut enfin levé, dans les circontances que l'on sait. Au pied des grilles qui séparent la rue de la voie ferrée, les riverains ont depuis lors dressé une chapelle ardente et épinglé des nounours ternis par la pluie et le temps.
 
Quand j'ai appris la nouvelle, je me suis effondré en pleurant, poursuit Arthur Corvers. Alors que les fouilles battaient leur plein tout autour du quartier Saint-Léonard, le patron de la braderie avait en effet réuni plusieurs habitants pour partir fouiller les talus bordant la voie ferrée. Depuis le début, je me disais que s'il fallait cacher quelqu'un dans le quartier, c'était forcément là. L'endroit est sauvage, difficile d'accès à cause de l'abondante végétation. A quelques mètres du chenal où l'on trouvera plusieurs jours plus tard le corps des fillettes, Arthur Corvers et ses hommes avaient d'ailleurs dû rebrousser chemin. C'était insupportable pour moi de me dire que j'aurais pu les trouver si j'avais avancé de cinq mètres supplémentaires !
 
Doutes
 
Cela n'aurait pourtant rien changé. Car l'autopsie révélera que les deux petites ont été assassinées le soir même de leur disparition. Et quand, quelques jours plus tard, auront lieu les obsèques de Stacy à l'église Sainte-Foy, c'est tout un quartier en larmes qui se massera devant les portes de l'église pour lui rendre hommage. Les parents étaient brouillés. Alors l'enterrement de Nathalie a eu lieu à Saint-Gilles. C'est triste qu'il ait fallu les séparer, déclare ce riverain.
 
Mais, à quelques jours du procès, de nombreuses zones d'ombres subsistent encore autour de cette affaire. Car si un faisceau d'éléments concordent pour accabler Abdallah Ait Oud, Arthur Corvers n'est pas seul, dans le quartier, à ne pas être tout à fait convaincu. J'ai du mal à imaginer un seul homme parvenir à emmener deux filles sur une aussi longue distance, explique-t-il, ma conviction, c'est qu'il a eu des complices.
 
Nul ne sait si le procès permettra d'établir la vérité. Mais Saint-Léonard n'oubliera jamais le sourire de ses deux petits anges brutalement arrachés à la vie.
 
 
On les espérait vivantes, on les retrouve mortes
 
 
Stacy et Nathalie avaient disparu dans la nuit du 9 au 10 juin 2006. Commençait alors la course folle pour les retrouver, les sauver. La justice et la police s'engageaient à fond, mais l'angoisse abominable des parents ne s'éteignait que par la désolation.
 
On a lu mercredi comment l'horrible affaire Stacy et Nathalie s'était durement incrustée dans l'actualité, le vendredi 9 juin 2006 et le lendemain. Ce samedi-là, la priorité absolue de la police et du parquet, c'est de retrouver les fillettes. On les espère encore vivantes...
 
Mais, en même temps que de premières battues sont organisées, que les chiens pisteurs déjà fatigués sont remplacés et que la cellule des personnes disparues reçoit des renforts considérables de la réserve fédérale, les policiers travaillent aussi sur leurs dossiers. Ils ont dix suspects potentiels, au prime abord. Des délinquants sexuels qu'ils savent habiter le quartier Saint-Léonard, où Stacy et Nathalie, âgées de 7 et 10 ans, viennent de disparaître.
 
Très vite, ils localisent et interrogent neuf d'entre eux. Un seul est introuvable : Abdallah Ait Oud. Ce n'est d'ailleurs qu'un concours de circonstances, car il a passé un moment dans son studio, proche du café des Armuriers aux abords duquel les fillettes ont été comme effacées, vers 2 heures du matin. Mais sans y être interpellé. Il y a même lavé du linge, découvrent les policiers.
 
Ils vont focaliser leur attention sur lui. D'emblée, on mesure le chemin parcouru depuis la disparition de Julie et Mélissa. La juge d'instruction Pascale Goossens reçoit saisine pour enquêter, sans délai. Ancienne avocate et substitut, elle se montrera aussi opiniâtre que les policiers. Et les moyens accordés aux enquêteurs de 2006 sont sans commune mesure avec ceux déployés - un bien grand mot... - en 1995. La détermination a peut-être aussi changé.
 
Toujours est-il que rien, vraiment rien n'est laissé au hasard. Un exemple : Ait Oud a lavé du linge dans son lavabo ? Eh bien on saisit l'eau qui reste dans le siphon. Elle pourrait contenir des indices...
 
Durant le week-end, tout est fouillé une première fois. Les rues, les immeubles à l'abandon. Partout dans le quartier - qui a écourté sa braderie festive et qui est assailli par les curieux ainsi que par la presse -, les policiers questionnent les riverains : Avez-vous vu quelque chose ? Rien remarqué d'anormal ? Sans résultat.
 
La Division d'identification des victimes (DVI) de la police entre aussi dans la danse. Les taillis et les bosquets, du bas de la Citadelle aux quais et à la rive de Meuse, sont sondés. Rien.
 
Les jours qui suivent vont donner à cette partie de Liège l'apparence d'une fourmilière. Pas possible de franchir une rue sans voir des policiers, sans être refoulé pour cause de recherches ou sans entendre un de leurs hélicoptères...
 
Le lundi, on recommence tout, et tout devient plus systématique. Pas un habitant n'échappe aux questions, rue par rue, adjacentes et parallèles, immeuble par immeuble, petits et grands, appartement par appartement, habités ou pas. Box de garage, entrepôts occupés ou non y passent aussi. On utilise même des photos aériennes pour s'assurer que nulle bâtisse ne se voile aux enquêteurs.
 
Lesquels s'efforcent de surcroît d'obtenir tous les films et photos pris lors de la braderie. Toutes les infos, même anonymes, tous les courriers, tous les PV des parquets du Royaume et de l'étranger sont l'objet d'un devoir spécifique !
 
On n'a alors pas trop crainte de le dire : même les assertions (toutes fausses...) des médium et des radiesthésistes ont été vérifiées ! On ne sait jamais...
 
Enfin, des analyses de téléphones portables et de listings téléphoniques ajoutent encore aux efforts.
 
Parce qu'il a été reconnu dans un café, alors qu'il assistait à un match de foot transmis à la TV - c'est la coupe du Monde ! - et après que son portrait soit passé à l'écran, Ait Oud se décide à se livrer. Il est 21 heures, le mardi 13 juin, quand il arrive à l'hôtel de police, rue Natalis. D'emblée, il jure de sa plus grande innocence. S'il avait omis de reprendre sa vie habituelle, c'est en voyant, dit-il, la police dans le quartier. Il a pris peur, se croyant recherché pour avoir oublié de payer de l'essence à une station, un peu plus tôt...
 
Deux heures plus tard, le médecin légiste Philippe Boxho l'examine. Et découvre sans peine qu'Ait Oud, 1,76 m, 79 kilos, porte de nombreuses éraflures, sur le ventre, le dos, les mains... Il prétend s'être blessé en franchissant une haie végétale, pour entrer chez son amie Christelle, par l'arrière. Et, interrogé par les policiers, il affirme que s'il a lavé du linge, dans la nuit du 9 au 10, c'est parce qu'il avait vomi plusieurs fois, à cause de la cocaïne et de l'alcool.
 
Il raconte la même histoire, le lendemain, à Mme Goossens. Elle ne le croit pas. Et elle l'envoie à Lantin à 20h50, précisément. Elle ordonne dans la foulée une méthode particulière de recherche, à savoir qu'un indic soit placé dans sa cellule.
 
La juge espère localiser ainsi Stacy et Nathalie. Mais ça ne donne rien. Précisément parce qu'on reste sans nouvelles d'elles, les initiatives se multiplient, au fil des jours. Côté justice, Ait Oud, désormais défendu par Me Jean-Dominique Franchimont, est réentendu plusieurs fois sur son emploi du temps. Certains points se vérifient, d'autres non.
 
A l'extérieur, chaque jour comporte son lot de réflexions et sa partie de fouilles. Certains épisodes sont plus spectaculaires. Le 14 juin, par exemple, 35 policiers grattent dans le quartier, alors que 25 autres se chargent de la Meuse, avec l'appui d'un bateau à sonar spécialisé, dérouté de Namur où il était affecté à une vaste opération de recherche d'épaves de véhicules. A Saint-Léonard et Herstal, tout proche, ils retirent 7 voitures de l'eau en quelques dizaines d'heures. Mais aucune n'est intéressante. Et le grand fleuve se montre indifférent au sort des disparues.
 
Le 16 juin, les habitués des Armuriers et des proches des familles fouillent les abords de l'ancienne gare de Vivegnis, vers les coteaux de la Citadelle et sur le terrain vague qui les sépare. Le même jour, la DVI s'attaque, avec des spéléologues, à de très anciennes galeries de mine du quartier Vivegnis, qui jouxte Saint-Léonard côté chemin de fer, ainsi qu'à des casemates du mur de soutènement qui supporte l'un des pieds de la Citadelle. Le même vendredi, pour se prémunir de tout imprévu, le parquet désigne un second juge d'instruction qui travaillera en miroir, Micheline Rusinowski. Si Mme Goossens était indisponible, pas de problème !
 
Le 21, un immeuble du quai Saint-Léonard est pris d'assaut par la police, hélicoptère à la rescousse. Un témoin a cru - à tort, mais on ne le sait pas encore - y voir entrer les fillettes, la nuit fatidique.
 
Puis, une information relative à un pantalon ensanglanté entraîne la vidange et la fouille des détritus du dépôt de l'incinérateur d'Intradel, à Herstal. Le vendredi 23, 60 tonnes de déchets ont été retournées, inspectées, vérifiées. Sans que cela apporte du neuf.
 
Enfin, le mercredi 28 juin, après 19 jours d'incertitude absolue, une équipe de la Protection Civile aide les membres de la DVI à débroussailler le terrain vague qui longe la voie de chemin de fer, à Vivegnis. C'est que la végétation y est dense, presque agressive.
 
Vers 10h30, un membre de l'équipe, Jean, soulève une taque qui protège le chenal enfoui près de l'énorme mur et ses casemates. Il aperçoit le cadavre d'un enfant. Stacy.
 
Il fait 30° depuis des jours. Tout le monde est à bout. Certains n'ont pas dormi la nuit, tant il y avait du travail pour préparer l'opération. Mais on continue d'arrache-pied. Les mines sont tendues et les visages, durs. Soulagement : des bouteilles d'eau arrivent par caisses. Dans la sueur, on débroussaille encore et encore, on soulève d'autres taques et, finalement, vers 15 heures, les hommes harassés découvrent le corps de Nathalie un peu plus loin, dans le même chenal.
 
De quoi faire craquer Ait Oud ? Non. La juge veut, avant de le questionner à nouveau, attendre de premiers résultats d'analyse. C'est que le légiste et le labo de la police judiciaire relèvent tous les indices matériels possibles. Beaucoup seront décevants. Les traces ADN ? Inexistantes ! L'eau du chenal a si bien nettoyé le corps des fillettes que, même si du sperme (celui d'Ait Oud, pense la Justice bien que celui-ci soit toujours présumé innocent) avait pu y être introduit, il a été lavé.
 
Malgré tout, la macabre découverte va considérablement alourdir la barque du suspect. C'est que les corps portent des marques nettes : les deux fillettes ont été étranglées. L'autopsie montre aussi avec certitude que Nathalie, la plus âgée, découverte pantalon baissé, a été violée.
 
Pour Stacy, en revanche, les choses sont moins nettes. Sur le coup, le viol paraît impossible. Le parquet l'annonce et le répète très officiellement. Mais, par la suite, une autre lecture des indices recueillis montrera qu'on ne peut l'exclure. Comment expliquer la présence de deux cheveux arrachés à Stacy non pas sur, mais dans le pantalon de l'intéressé ? Le viol n'est pas forcément l'acte sexuel classique, et on se dit qu'éclaircir la chose sera l'un des enjeux du procès d'assises qui, à ce moment déjà, se dessine dans les esprits.
 
Mais bref, l'enquête ne vise désormais plus qu'à confondre le ou les coupables. Au fil des jours, puis des semaines et même des mois, Ait Oud focalise cependant les soupçons sur lui seul. Quelques cheveux et des centaines de microfibres l'accablent. Les fibres déposées par contact, parfois intense, sur les vêtements de Stacy et de Nathalie sont identiques à celles de vêtements d'Ait Oud, slip compris. Et la PJ découvre, en les comparant, que des fibres prélevées dans le lavabo du suspect correspondent à celles des vêtements des fillettes...
 
L'enquête va mettre d'autres points en évidence. Ainsi, le débit du chenal est mesuré en permanence. Or, une double et brève baisse de niveau a été relevée le dimanche 11 juin à 5h01 (heure de l'appareil). Une simulation est menée avec des sacs de sable mis au poids des enfants et jetés dans l'eau : à débit égal, la diminution observée coïncide parfaitement. Intéressant, car un témoin a observé Abdallah Ait Oud non loin de là, la même nuit à la même heure...
 
C'est ainsi qu'on sait qu'il a d'abord enfoui sommairement les dépouilles de Stacy et Nathalie, lors des faits, avant de les récupérer et de les jeter dans le chenal, la nuit suivante.
 
On analyse encore les micro-déchets de plantes trouvés dans les poches des vêtements que portait le suspect. Ils ne correspondent pas à la végétation présente chez son amie Christelle, où il prétend s'être éraflé. En revanche, ils semblent venir tout droit de celle qui protégeait le chenal. Drue, singulière et piquante : elle explique parfaitement les éraflures d'Ait Oud. Lequel, pour autant, continue sans désemparer de se dire innocent.
 
Pendant ce temps, les parents sont au désespoir. Le public, aussi. Sur le petit pont qui borde le terrain vague et le chenal, des particuliers ont dressé des panneaux portant des photos des enfants. Nombreux sont ceux qui viennent fleurir ce qui devient une chapelle ardente, au fil des jours, ou y déposer des oursons.
 
Le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, fait ouvrir un registre de condoléances. Le samedi 1er juillet, sa cité n'est plus ardente. Elle pleure et enterre Nathalie. Le 3, c'est au tour de Stacy. Deux papillons blancs se sont envolés , lit-on près du petit pont.
 
 
La nuit et la mort pour Stacy et Nathalie
 
Le procès d'assises d'Abdallah Ait Oud s'ouvre lundi prochain. Chaque jour, La Libre revient sur un aspect de l'affaire. Ce mercredi : le déroulement de la nuit fatidique, quand leur destin s'est trompé en leur faisant croiser celui d'Ait Oud.
 
évocation
 
Au mauvais moment, au mauvais endroit. Deux demi-soeurs, Stacy Lemmens et Nathalie Mahy, allaient chèrement payer le croisement de leur destinée avec celle d'Abdallah Ait Oud - à supposer que la présomption d'innocence dont celui-ci bénéficie ne soit pas fondée.
 
Rien, ou presque, ne les rapproche. Stacy est née le 14 décembre 1998 et Nathalie le 9 août 1995. Ce qui donne quelque trente années de plus à Ait Oud, puisqu'il a pour sa part vu le jour le 23 juillet 1967. Ils ne se connaissent pas, ou peut-être seulement de vue. Lui habite au quartier Saint-Léonard, à Liège. Elles résident de l'autre côté de la ville et de son fleuve, à Chênée. Le 9 juin 2006, ils se dirigent pourtant tous vers Les Armuriers, un café dont la renommée n'aurait autrement jamais dépassé les berges mosanes.
 
C'est là, sur le trottoir de l'établissement, que le drame va se nouer. On est vendredi. Le temps est au beau, au chaud, au soleil. Cela sent les vacances. Et c'est d'ailleurs la fête, rue Saint-Léonard. Une soixantaine de commerçants tiennent une braderie festive. On peut boire et manger, trois châteaux gonflables accueillent les enfants et il y a même un podium pour des animations musicales. On l'a monté tout juste à côté des Armuriers, qui fait en même temps le coin entre les rues Saint-Léonard et Goswin et le plein des habitués. Là, on appelle plutôt l'établissement la Casa Tito - le surnom du propriétaire des lieux.
 
Or Tito et son épouse sont des cousins de Thierry Lemmens, père de Stacy et compagnon de la mère de Nathalie, Catherine Dizier. Qui mènent comme ils peuvent une famille largement recomposée et qui ont répondu à l'invitation de Tito pour la fête. Et pour revoir les amis de leur ancien quartier, car ils y ont habité. Avec frères et soeurs (la fratrie atteint la demi-douzaine, au total), Stacy et Nathalie vont donc jouer, arpentant la braderie, jouant sur les baudruches, allant et venant comme les insouciantes fillettes qu'elles sont, quémandant ci une friandise et là, un soda. Rien que de très normal.
 
Normal, aussi, l'après-midi d'Abdallah Ait Oud. Il loue un studio à 100 mètres de là, mais il n'y est pas : il passe un moment avec celle qui est son amie depuis six mois, Christelle B., avec laquelle il entretient des relations amoureuses. Ils s'aiment. Malgré un passé peu reluisant - ce que personne ne sait à Saint-Léonard -, malgré l'alcool, malgré la drogue, ça ne va pas si mal pour lui. Deux choses l'ennuient toutefois, ce jour-là : ses godasses sont fatiguées. Et sa chère Christelle, 20 ans à peine, travaille de temps en temps jusque très tard, chez Tito. Comme ce week-end de braderie, ce qu'il n'apprécie guère.
 
Après une dispute, il est d'ailleurs entendu que ce sera la dernière fois. Sans doute. Peut-être. Enfin, on le dit. Avant de partir pour Les Armuriers. Chemin faisant, Ait Oud acquiert, chez Osman, en Féronstrée (une rue qui ne s'appelle pas rue, c'est ainsi), de nouvelles chaussures blanches, type sport. Généralement inquiet de sa bonne mise, propre et nette, il les met tout de suite. Puis, on arrive chez Tito.
 
Vers 19 heures, Christelle prend son service et Ait Oud, la garde. Sa garde. Car c'est sans doute en guise de surveillance qu'il se fige dans les alentours immédiats des Armuriers. Dedans. Dehors. Devant. A côté. Près du podium. Il regarde autour de lui. Il picole. Seul. Ou avec des copains. Le temps passe. Les ingrédients du drame se mettent en place. Personne ne peut encore le savoir, mais tout est déjà écrit.
 
Avec la soirée, le moral s'use. Ait Oud rencontre Robert L., une connaissance. A-t-il de la blanche ? Non. Mais un dealer passe qui va leur en vendre. Ils s'en vont chez Robert pour la fumer. Puis reviennent chez Tito, séparément - faut pas se faire remarquer par les femmes !
 
Maladresse ? Ait Oud s'affiche, en fonction sans doute de sa chimie du moment, entre cocaïne et alcool, avec son ex, Sylvie G. Christelle le remarque, mais n'en prend pas ombrage. D'ailleurs, elle n'en a pas le temps. Il y a les bières à servir...
 
Et les bières, elles valsent sur les plateaux ! L'ambiance, chez Tito, est plutôt chaleureuse. On s'offre un verre - non, une tournée ! - et puis on remet ça. Classique.
 
Malgré tout, pour Ait Oud, ce n'est plus ça. Il s'emble... Tant pis pour Christelle. Tant pis pour la surveillance. Il a envie d'autre chose.
 
Durant tout ce temps, Stacy et Nathalie s'amusent. Souvent. Pas toujours. On mange des chips. On regarde les animations musicales, avec les hauts et les bas qu'on connaît à ce genre de choses. Les parents, pour recomposés qu'ils soient, font ce qu'ils peuvent, entre la fête, la bière et les enfants. Thierry et Catherine surveillent, en tout cas, d'un aller-retour, d'un coup d'oeil, d'un rappel à l'ordre - enfin, comme cela se fait en de telles circonstances.
 
Les fillettes - et d'autres - courent de gauche à droite, montent sur le podium, vont jusqu'à la plaine de jeux près de leur ancienne école. Et repassent chez Tito, renouvelant pour certaines le stock de chips.
 
Ait Oud, lui, voyage un peu. Des étudiants ont organisé un barbecue de fin d'année, au fond de l'esplanade Saint-Léonard, à 400 mètres des Armuriers, là où la ville le cède à la végétation de la Citadelle. Ils l'observent vers 22 h 30. Ils le voient approcher leurs copines Anaïs, Justine, Aurélie et Camille, des jeunes femmes de 20 ans qui se sont un peu éloignées. Il leur parle de tortues, qui seraient dans le bois. Elles coupent court.
 
Les derniers rayons de soleil sont bien morts. La rue Saint-Léonard est rendue aux voitures. Les châteaux gonflables, dégonflés. Ait Oud y revient. Il aborde Chaïma, Elvira et David, qui ont 12 ans. Il leur propose d'aller voir des tortues sur la pelouse d'un building. Non.
 
Vers minuit, Jenny, sa soeur Lorie et leur amie Mafalda, âgées d'une petite quinzaine d'années, sont à leur tour accostées. Auraient-elles un sachet pour prendre les tortues de la même pelouse du même immeuble ? On lui en trouve un, mais lui ne trouve aucun reptile. Il s'en va.
 
Des copains l'emmènent faire un tour de frime dans leur cabriolet Chrysler, un Stratus noir